(12-07-2007) L'esthétique des changements climatiques
par Joel Larouche
Demain sera un projet. Pas un sauvetage, mais la redéfinition de cet ordre des choses qui ne sera plus jamais le même. Pas notre écrasement sous un ciel en cuisson générale, mais un nouvel envol émanant de l'ardeur même de cet échauffement. Oui, en faire un projet. Nous en sommes libres. Libre d'une relation à la terre aux possibles immenses.
Déjà, tout change. L'eau monte.
Il n'y a plus de projets absurdes. Plus d'idées inutiles à l'ampleur des bouleversements qui nous attendent. Une fois de plus, s'inventer notre liberté.
Nous nous tournerons vers la mer. Le ciel. Et nous parlerons l'infini. Le seul langage que l'océan comprend. Celui de la vie, celui des étoiles.
Celui que nous sommes aussi. Nous apprendrons.
Nous apprendrons à créer ce qui meurt dans la vie. Telles les plumes de l'oiseau, qui redeviendront terre. Multipliées, recyclées, renouvelées, digérées, effacées, transportées.
Nous construirons pour l'infini,
Tout ce qui, dans la mort, se donne complètement ;
Trop vivant pour se soucier de sa perte.
Nos créations parleront un nouveau langage.
Plus relationnel et moins financier. D'ailleurs nous n'avons plus le temps, même plus pour compter. Car le temps, c'est de l'argent. On doit vivre.
S'il faut s'adresser à l'infiniment changeant ; au climat, à la terre, à la vie. S'il faut le devancer et en faire un projet, alors c'est tout notre langage que nous reverrons. Les matériaux, les espaces, les démocraties,
L'école, la poubelle et le paysage.
Tous nos modes d'expression à l'autre et à la terre.
Les villes ne seront pas des villes, mais des excès de langage.
L'architecture dépassera l'architecture.
L'art dépassera l'art.
Toute la matière du monde est la plaine de jeux de nos futurs. Nos dépotoirs seront nos mines, nos villes nos étalages et nos raffineries, des intestins. On détournera les choses hors de leur usage convenu. Ce sera sans importance. Comme un enfant mélange ses jouets.
Nos nouveaux projets seront innommables ; étrangers à notre langue figée qui nomme les choses. Si nouveaux parce que généreux, complexes et excessivement vivants, ils mourront dans la vie ; élans fibreux et magnifiques.
Oui, peut-être faut-il commencer par ce qui est fou, intelligemment fou.
Pour saisir. L'humain surtout. Encore persuadé d'exister comme une erreur, et s'excusant d'habiter le monde entier. Alors que tout est déjà si maladroitement modifié ; même le climat, même l'Antarctique.
On en a fait trop peu. Certes beaucoup de marchandises, de banques et de pétrole.
Mais trop peu de relations à ce qui s'appelle la vie. Voilà peut-être notre erreur d'existence.
Il faut se donner plus, cela dans un effort créatif immense. Relier. Enfin !
Devenir la vie qui s'imagine. Tout le potentiel de l'univers rassemblé dans la pensée. C'est elle, créative, audacieuse, qui doit maintenant faire la synthèse de ce qui la relie : Tout.
La relation est le projet. Le difficile projet d'une humanité aliéné par les choses. Toutes ces choses, qui ne sont elles-mêmes que des relations - l'atome est vide et le savoir est léger - n'indiquent-elles pas là un projet des plus véritables ?
Peut-être avons-nous trop travaillé sur le plein ?
Nous n'avons plus besoin de chercher du pétrole.
Commençons, sorte d'esthétique des changements climatiques, par des oeuvres nouvelles.
Par des cathédrales décomposables, putrescibles qui regarderont l'infini.
Perpétuellement autre chose,
Pour le prochain million d'année.
(...suite...) (commentaire)
(07-03-2007) Les 5 points d'une architecture métabolique
par Joel Larouche
1. Les plantes libres
L'architecture composée entièrement ou partiellement avec la participation d'organismes vivants est une association créative entre l'homme et la vie. Ces organismes ont une liberté intrinsèque de création que l'architecte guide. L'architecture métabolique est donc elle-même un sujet créatif.
2. Le mur ridé
La paroi d'une architecture métabolique porte les marques de l'oeuvre de la vie. Elle est colonisée, imparfaite, putrescible et régénérative. Elle est délibérément matière en mouvement.
3. L'estomarche
L'architecture métabolique est digestive et en possède les organes. L'estomarche est le dispositif de métabolisation des rebus de l'occupation et de la vie. Par cette structure, le rapport de l'architecture au sol en est un de communication et d'échange. Le bâtiment n'est plus seulement implanté, il est planté.
4. Le Soi-jardin
Le jardin n'est plus seulement apposé ou accolé à l'édifice. Il est l'édifice. L'architecture métabolique est elle-même un jardin en culture dont les fruits sont les murs, meubles et objets d'usage.
5. La fenêtre écosystémique
Les ouvertures d'une architecture métabolique sont formellement hétérogènes. À la fois trouvées et cultivées, leurs formes et leurs emplacements dépendent de l'équilibre métabolique de l'architecture à son environnement. Ainsi la forme suit et s'ajuste à la relation.
(...suite...) (commentaire)
(14-03-2006) De l'altérité par Joel Larouche
« Peut-être que le bio aussi a besoin d’être puant, indéfini, excessif. » C’est, en toute honnêteté, la seule piste provenant de mon dernier texte qui soit suffisamment porteuse pour en produire un suivant. Ce que je ferai très brièvement ici.
Jetez un coup d’oeil au travail de Richard Register ou de Paolo Soleri. Ressentez-vous cette impression que leurs grandes citées écologiques sont trop parfaites ? Ils projettent une attitude presque communiste, dirais-je. C’est comme si le mal ne pouvait exister en présence de l'écologie, pas plus qu’il ne pouvait, croyait-on, survivre à l’abolition des classes sociales. Comme si l'homme et la nature devaient se diriger graduellement vers une "harmonie". Comme si la nature elle-même ne connaissait pas la contradiction. Les visions de Register et Soleri sont à la fois charmantes, belles, étouffantes et moribondes. On dirait qu'il y manque la liberté. (pas la stupide liberté selon General Motors) Je parle de la vrai liberté de vivre, de respirer, de faire n'importe quoi, de franchir les clôtures, d'être un sujet. Il me semble que dans ces mondes hyper-écologiques, on n'autorise ni l'homme ni la nature à être "pourris". Comme une dictature du bien, de l'esthétique et de la bonne morale.
Or la vie pousse souvent "croche" et où l’on ne la veut pas. L'homme aussi. J'en viens à penser qu'il y a là, un constat obligé pour réfléchir les rapports entre l'un et l'autre. (...suite...) (commentaire)
(06-02-2006) Le futur du bio-bien par Joel Larouche
Je deviens de plus en plus perplexe face à la conception rationnelle et matérielle de l’enjeu environnemental. Une conception qui consiste à croire, du côté des verts, que des gens bien informés des bienfaits de l’écologisme et disposant d’alternatives accessibles, se métamorphoseront de plein gré en bio-citoyens et chercheront à atteindre ce niveau supérieur de la bonne conscience planétaire. Comme si notre seul problème était de ne pas savoir et/ou pouvoir ce qui est bio-bien. (...suite...) (1 commentaire)
(18-01-2006) Du rose au vert pour sortir du brun par Joel Larouche
Vous qui vous pavanez de vert pour dépeindre un futur en noir. Inutile d’en rajouter, je la regarde déjà d’un oeil bas, cette lourde civilisation qui m’a fait naître, en sachant la profondeur de la mare de boue dans laquelle elle plonge. Alors, me dites-vous, on n’a qu’à tenter de la sauver. De nous sauver. Arrachons un petit carbone de chaque petite machine sans revoir l’idée de progrès et amorçons une intention de décollage dans ce fameux étang de brun. Adoptons ici et là des petits plans de développement durable qui nous sauverons. Bonne idée. Allez-y mais avant, justement, il faut que je me sauve... Y a-t-il un problème ? Oui, tout un : ça m’ennuie à l’infini.
D’abord, ce n’est pas parce qu’il y a feu qu’il faudrait forcément l’éteindre. Si je m’engage en matière d’environnement, ce n’est surtout pas pour « réparer », pour remettre sur rail cet esprit capitaliste dominateur afin qu’il daigne atteindre un niveau supérieur, une sorte de nirvana de la consommation verte. Non, c’est pour penser et poser les balises d’un nouveau monde. Le rationalisme écologique n’est d’aucun secours, même promue par de bonnes intentions, il reste subtilement le terreau favori de la continuité. Il s’affaire à solutionner mais oublie l’essentiel : l’aventure. Voilà pourquoi je proteste contre le négativisme et le déterminisme que commande l’état d’urgence. Je revendique le droit de rêver, la liberté du futur et l’introduction du ludisme en écologie. (...suite...) (commentaire)
(03-12-2005) Les saisons du citoyen par Joel Larouche
En cette époque de conférences internationales, avez-vous déjà songé à l'unification évocatrice des deux racines étymologiques du mot « citoyenneté », soit « citoyen » et « été » ? Je m'interroge ; l’engagement est-il devenu une mode saisonnière ? J'entends ; habillez-vous aux couleurs de la « citoyennété » Achetez-vous du changement, pour que plus rien ne change que le changement. Un changement, permanent mais superflu, nous maintenant un peu toujours dans l’été du contestataire. (...suite...)
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(02-09-2005) Cultiver la ville écosympathique par Joel Larouche
Alors que, par notre faute, le climat chavire et les espèces s’éteignent, nous ressentons aujourd’hui la peur même de grandir sur notre propre monde. La ville est devenue symbole de destruction et sa croissance une calamité. Comme si la ville était allergique aux écosystèmes et foncièrement « écophobe ». Dans un monde où l’environnement urge notre engagement, cette fatalité est devenue intenable. Nous devons retrouver un sens positif et créateur à l’idée d’habiter.
Faudrait-il pour cela, élaborer le dessein / dessin d’un habiter « écosympathique » (qui sympathise avec la nature) ? C’est-à-dire, réfléchir notre développement comme un dialogue, une conversation avec la vie, comme un devoir de socialisation avec elle. Il s’agit d’une invitation à reformuler notre perception de la crise environnementale, pour nous conduire vers sa seule issue honorable : son dépassement. (...suite...)
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