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De l'altérité
« Peut-être que le bio aussi a besoin d’être puant, indéfini, excessif. » C’est, en toute honnêteté, la seule piste provenant de mon dernier texte qui soit suffisamment porteuse pour en produire un suivant. Ce que je ferai très brièvement ici. Jetez un coup d’oeil au travail de Richard Register ou de Paolo Soleri. Ressentez-vous cette impression que leurs grandes citées écologiques sont trop parfaites ? Ils projettent une attitude presque communiste, dirais-je.C’est comme si le mal ne pouvait exister en présence de l'écologie, pas plus qu’il ne pouvait, croyait-on, survivre à l’abolition des classes sociales. Comme si l'homme et la nature devaient se diriger graduellement vers une "harmonie". Comme si la nature elle-même ne connaissait pas la contradiction. Les visions de Register et Soleri sont à la fois charmantes, belles, étouffantes et moribondes. On dirait qu'il y manque la liberté. (pas la stupide liberté selon General Motors) Je parle de la vrai liberté de vivre, de respirer, de faire n'importe quoi, de franchir les clôtures, d'être un sujet. Il me semble que dans ces mondes hyper-écologiques, on n'autorise ni l'homme ni la nature à être "pourris". Comme une dictature du bien, de l'esthétique et de la bonne morale. Or la vie pousse souvent "croche" et où l’on ne la veut pas. L'homme aussi. J'en viens à penser qu'il y a là, un constat obligé pour réfléchir les rapports entre l'un et l'autre. Mais, certains rétorqueront : nous en avons assez dans notre présent, pourquoi devrait-on imaginer un futur en noir ? Il est normal de dessiner l’espoir. Juste non ? Mais mon propos est tout autre. Je n’ai que faire du bon ou du mal. Je ne fustige ni l’un, ni l’autre, ni le droit de rêver rose. Mon propos tient sur ceci : l’acceptation de l’altérité. Comment, dans le projet écologique qui se dessine, ferons-nous place à l’altérité ? À ceux qui veulent vivre autrement, aux forêts qui grandissent dans la pourriture. À ceux qui naviguent hors sujet, ou qui désirent le faire ? Je veux proposer des rêves qui renoncent au jugement. Qui acceptent, envisagent, autorisent leurs propres dérangements, leurs propres perturbations. Des visions qui sont le berceau des désirs humains, si contradictoires, excessifs et pluriels soient-ils.
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