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Le futur du bio-bien
Je deviens de plus en plus perplexe face à la conception rationnelle et matérielle de l’enjeu environnemental. Une conception qui consiste à croire, du côté des verts, que des gens bien informés des bienfaits de l’écologisme et disposant d’alternatives accessibles, se métamorphoseront de plein gré en bio-citoyens et chercheront à atteindre ce niveau supérieur de la bonne conscience planétaire. Comme si notre seul problème était de ne pas savoir et/ou pouvoir ce qui est bio-bien. Il suffit de parcourir un tant soit peu le monde des économies en post-modernisation pour comprendre que le virage écologique est un enjeu qui échappe à toute logique et à toute raison. ( Hormis, bien entendu, la sacro-sainte logique du billet vert ) D’abord nous savons. Ensuite, nous savons ce qui est, en toute logique, nécessaire d’accomplir pour éviter que notre Terre devienne un four. Individuellement et collectivement, nous connaissons très bien notre intérêt logique en tant qu’espèce sur cette planète. Aucune pénurie d’information ne permet actuellement d’en douter. Quant à déterminer si nous pouvons, c’est une question stupide qui n’aura que le silence comme cinglante réponse. Mais alors, pourquoi l’essor du capital gris est continuellement en ce monde, le terreau de nos espoirs, le visage de nos désirs et le destin de tout travail ? Pourquoi tenons-nous tant à démontrer, dans une irréfutable expérience planétaire, la combustibilité du pétrole ? Parce que nous ignorons ? non. Nous avons conscience de nos moyens et peut-être sommes-nous curieux de pousser le train à plein régime pour en jouir un peu ou tester nos limites ? Alors l’objet de mon questionnement reste : pourquoi ce train-ci ? À la lumière de mes voyages au Viet Nam et en République Dominicaine, je suis contraint d’admettre que le capitalisme post-moderne représente encore l’idéal de l’abondance des possibles et de l’affranchissement. Au-delà de toute raison. Car en toute honnêteté, ce qui se prépare c’est un contre-idéal, l’exact contraire de l’abondance des possibles. La quête du matériel nous entraîne plutôt vers l’assujettissement de notre futur à un climat déréglé : l’abondance de possibles qui ne nous appartiennent plus. La raison nous le refuserait pourtant. Et cela aussi nous le savons. Tenez, je vous propose Dostoïevski : « Il est parfois très agréable de briser quelque chose. Ce n’est pas précisément la souffrance que je défends ici ou le bien-être : c’est mon caprice, et j’insiste pour qu’il me soit garanti (...) » Voilà ce qui m’empêche peut-être de faire le bio-bien. Deux attitudes sont possibles : 1. Attendre de toucher le fond, puis repartir 2. S’accrocher à une meilleure illusion, fabriquer un autre train plus fou, plus désirable. Or le projet vert actuel peut-il se vanter d’être aussi porteur de possibles ? Autant que le capital ? Autant que cet autre train à imaginer ? Comment pouvons-nous croire que le plus solide argument du bio est qu’il en a plein ; qu’il est incroyablement plus logique d’agir bio ? Peut-être que le bio aussi a besoin d’être puant, indéfini, excessif. N’en déplaise à l’idéal du bio-citoyen gentil. |
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