par Joël Larouche, 18 janvier 2006

 

 

Du rose au vert pour sortir du brun

 

Vous qui vous pavanez de vert pour dépeindre un futur en noir.  Inutile d’en rajouter, je la regarde déjà d’un oeil bas, cette lourde civilisation qui m’a fait naître, en sachant la profondeur de la mare de boue dans laquelle elle plonge.  Alors, me dites-vous, on n’a qu’à tenter de la sauver.  De nous sauver.  Arrachons un petit carbone de chaque petite machine sans revoir l’idée de progrès et amorçons une intention de décollage dans ce fameux étang de brun.  Adoptons ici et là des petits plans de développement durable qui nous sauverons.  Bonne idée.  Allez-y mais avant, justement, il faut que je me sauve... Y a-t-il un problème ?  Oui, tout un : ça m’ennuie à l’infini.

D’abord, ce n’est pas parce qu’il y a feu qu’il faudrait forcément l’éteindre.  Si je m’engage en matière d’environnement, ce n’est surtout pas pour « réparer », pour remettre sur rail cet esprit capitaliste dominateur afin qu’il daigne atteindre un niveau supérieur, une sorte de nirvana de la consommation verte.  Non, c’est pour penser et poser les balises d’un nouveau monde.  Le rationalisme écologique n’est d’aucun secours, même promue par de bonnes intentions, il reste subtilement le terreau favori de la continuité.  Il s’affaire à solutionner mais oublie l’essentiel : l’aventure.  Voilà pourquoi je proteste contre le négativisme et le déterminisme que commande l’état d’urgence.  Je revendique le droit de rêver, la liberté du futur et l’introduction du ludisme en écologie. 

Je fais référence à l’aventure vue par Michel Maffesoli : « au principe de réalité, en ce qu’il a de limité, elle oppose l’illimité des possible. » Mes rêves sont peut-être plus réalistes que cette civilisation techno-instrumentalo-pétrolière qui en a la fallacieuse prétention.

Le vert noir

Le vert est devenu trop sérieux.  Un vert foncé.  Chaque année, nous recevons notre dose de rapports scientifiques catastrophiques, tous trop réalistes.  Puis cette ronde de conférences ministérielles, de protocoles et de sommets mondiaux.  Pour toute réponse ; les négociations piétinent pendant que l’écologie trouve ses heures les plus glorieuses sur les lèvres ou sur les emballages.  Parmis nos erreurs : considérer la crise environnementale comme un problème.  Ce qui nous condamne à n’imaginer que des solutions.  Le présent s’apprête à anesthésier le futur pour le passer aux tables d’opérations.  Le futur est endormi dans nos problèmes.  Il n’y a plus de place pour l’errance, l’exploration pure et la fantaisie.  Sommes-nous en train de subir l’ablation du rêve par la peur de demain?  Je le répète, il faut saisir notre droit de rêver librement, mieux ; d’errer.

Le vert rose

Si je refuse de parler de la crise environnementale comme un problème, je ne m’en esquive pas  pour autant, je la traite plutôt comme un défi, comme une opportunité de bâtir, d’imaginer un monde nouveau et de réinventer plus profondément notre relation à la nature.  Mais pour faire éclore de nouvelles idées, il faut se donner la liberté d’explorer en dehors des problèmes.  Risquer l’insolent, l’impertinent ; penser juste, mais juste à côté.  C’est ainsi que je m’affirme en faveur du ludisme en écologie.  Deux notions qui m’apparaissent étroitement liées voir même interdépendantes.  Nous avons toujours l’air de marcher sur des oeufs lorsque vient le temps d’agir écologique. Le jour où la nature sera approchée sans complexe dans un futur vu comme un projet, non comme un remède au présent, alors nous seront véritablement engagés sur la voie de l’établissement d’un nouveau rapport avec la nature.  Une véritable intégration écosystémique de l’homme sur terre ne sera pas vécue, au quotidien, comme une source de tracas, mais comme un plaisir. Et cette joie d’une association libre et fondatrice avec la nature, pourquoi ne commence-t’elle pas maintenant? Notre futur a un urgent besoin d’être rêvé ; notre rêve, d’être présent.  Je suis convaincu que de nouvelles avenues surgiront du dérisoire et de l’errance.  Peut-être que demain n’est de solution à aucun problème, mais bien leur dépassement.  C’est à nous maintenant, de s’autoriser à mettre du rose au vert.  Ce n’est pas la route la plus rassurante, ni la plus facile, mais c’est la plus joyeuse.  Et le plus curieux, c’est que si on mélange du vert et du rose, ça donne du brun... enfin voyez ?


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