par Joël Larouche, 3 décembre 2005

 

 

Les saisons du citoyen

En cette époque de conférences internationales, avez-vous déjà songé à l'unification évocatrice des deux racines étymologiques du mot « citoyenneté », soit « citoyen » et « été » ?   Je m'interroge ; l’engagement est-il devenu une mode saisonnière ? J'entends ; habillez-vous aux couleurs de la « citoyennété »  Achetez-vous du changement, pour que plus rien ne change que le changement.  Un changement, permanent mais superflu, nous maintenant un peu toujours dans l’été du contestataire.

La « citoyennété »

La « citoyennété » est une activité qui se pratique en loisir et qui se monnaie en dollars. Voiture hybride, vêtements bio, etc.  Ces produits brillent déjà devant nous, à la gloire d’un futur prémâché par la consommation.  Et pendant qu’on révolutionne en voiture hybride, l’incongruïté d’une urbanité modulée sur le transport individuel reste indemne. Sautillons sur les bio-nouveautés du présent.  Ce présent qui a « avalé le futur », pour reprendre la justesse des mots de Michel F. Côté (Esse, hiver 2005).  « Ce nouveau présent, il est là, l’air idiot.  Impitoyable.  Il n’y a rien à attendre de lui. »

Vigilance

Gare à la subtile récupération du rêve humaniste, alter-mondialiste ou écologiste par le consumérisme.  Rappelez-vous, fils de mai 68 ou de la révolution tranquille, combien amère fut la désillusion de voir l’idéal libérateur d’une « société des loisirs » se dénaturer.  Elle a l’air si ennuyeuse aujourd’hui, détournée banalement vers une abrutissante société du divertissement au profit des industriels culturels.  Je n’ai plus de tolérance envers le discours publicitaire, le marketing d’idées et l’aplatissement du rêve au profit du profit.  À vous, jeunes de ma génération, pouvons-nous un seul instant tolérer le détournement du projet écologique ? 

Les enjeux sont devenus trop critiques.  À vous tous, mes frères de causes, j’insiste.  Vigilance.  Je refuse la disparition du « n » qui fait d’un « autre monde possible » une « autre mode possible ».

Soyons « citoyenniver »

Certes, le marché va vite.  Plus vite que les rêves.  À peine sont-ils formulés que la force du marché nous dépasse en courrant avec nos idéaux vidés.  Peut-être nous faudrait-il jouer de ruse ou pratiquer le croc-en-jambe ?  Peut-être nous faut-il créer notre monde plutôt que le demander ?  Passons au projet.  Formulons des projets qui sont les nôtres.  N’achetons pas bêtement les « solutions » à la mode. Je chie bio, et n’accepterai aucune autre étiquette.  Une société juste, verte, ouverte ou mondiale sera toujours plus grande que les modes.  Chaque citoyen critique et lucide possède en lui un projet fort qui mérite son autonomie.  Je salue celui qui reste hors du temps ; qui se fait « citoyennété » même en hiver.  Un libre auteur de sa propre saison critique.

 

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